Guerre en Ukraine : le défi de l’accueil

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué le déplacement de nombreux habitants dont quelques-uns ont posé l’ancre en France. L’action, l’attitude et les paroles des personnes qui croisent leur chemin sont chargées de responsabilité. Quelques bonnes pratiques et conseils des acteurs de terrain.

Depuis l’attaque russe de l’Ukraine, des millions d’Ukrainiens ont quitté leur domicile. Quelques dizaines de milliers d’entre eux ont franchi la frontière française, le plus souvent pour gagner une autre destination. Certains, tout de même, ont posé leurs menus paquetages dans l’Hexagone et trouvé refuge chez des particuliers ou dans des logements d’urgence mis à disposition par des collectivités, des associations ou l’Église. Le récit de leur accueil, par des bénévoles, des élus, des individus ou des organisations, met en lumière certaines bonnes pratiques. À commencer par la nécessité qu’un acteur s’élève, coordonne les actions et s’entoure d’un maillage constitué de tous ceux qui, sur son territoire, peuvent aider. Parfois, l’initiative provient de collectivités locales comme dans la commune de Saint-Mihiel (55), parfois d’une association telle qu’Amnesty international comme à Wissembourg (67), parfois des services de l’État comme ça a été le cas à Besançon (25). Une bénévole de la SSVP de Vaucresson (92) note ainsi : « L’importance d’un travail concerté où chacun apporte ce qu’il peut. [Notre conférence] prend sa part, le faire avec d’autres est une source de joie. » Compte-tenu de ce que nécessite d’efforts un accueil réussi (voir p. 18), personne ne serait capable, de toute façon, de s’en sortir seul. Aussi est-il nécessaire, également, de faire en sorte que le nombre de personnes accueillies soit raisonnable au regard de la dimension de la collectivité d’accueil.

« On ne pose pas de questions »

Les traumatismes vécus par les arrivants nécessitent une posture adaptée, respectueuse. « On ne pose pas de questions sur ce qui a été vécu là-bas », énonce par exemple une membre de la communauté religieuse La Roche d’or (25), qui a offert le gîte à des dizaines de familles pour une durée limitée : « C’est un lieu de passage pour se refaire une santé intérieure et extérieure. On met tout en œuvre pour que les enfants retrouvent une vie la plus insouciante possible. » Le nécessaire est mis à disposition, et même un peu plus : « On essaie de proposer du maquillage, des eaux de toilette… tout ce qui touche à la dignité des gens. Ils sont évidemment très connectés alors on a collé des stickers ukrainiens sur les claviers des ordinateurs. Et on leur a fait une salle de télévision avec la télévision en ukrainien. » En découlent des moments de grâce où bénévoles et réfugiés s’adonnent à une partie de cartes improvisée, retroussent leurs manches pour laver la vaisselle entre rire et babils semi-compréhensibles, ou lancent une opération d’entretien du parc attenant. « C’est beau de voir ces gens se reconstruire en recevant, mais aussi en continuant à donner », estime-t-on dans la communauté, témoin de grands moments d’émotion : « Un mélange de larmes coule sur ce sol. En 24h, vous n’imaginez pas les ascenseurs émotionnels, entre les larmes de joie que peuvent provoquer, par exemple, des retrouvailles, et celles de tristesse, bouleversantes. »

Une fragilité psychique

Des émotions dont l’impact psychique peut se révéler lourd. « Les premiers qu’on a vus arriver étaient un peu prostrés. Les enfants ne jouaient pas. », témoigne Marie-Jo Jeanneret, bénévole de la SSVP de Besançon (25). Même discours à Niort (79) de la présidente de conférence Geneviève Vilain-Lepage : « On voit, en fonction de l’actualité, les chutes de moral des personnes accueillies chez nous. » Dans certains cas, une aide qualifiée peut se révéler nécessaire.
La communauté participe également à la réussite de l’accueil des nouveaux arrivants, comme le décrit Charles de Marolles, de la SSVP de Wissembourg (67) : « Nous organisons un café solidaire trois après-midis par semaine. C’est l’occasion d’offrir un moment ludique aux enfants et aux familles, un forum pour les Ukrainiens, qu’ils se rencontrent entre eux et se partagent des informations concernant l’installation ou les démarches. »
De leur côté, ceux qui ouvrent les portes de leur foyer doivent aussi faire l’objet de toutes les attentions. « Certaines familles ont été surprises de tout ce que l’accueil engendre au quotidien, très brutalement. Certains tiennent, mais d’autres sont en grande difficulté », nous confie-t-on. « Comme toute activité humaine, la solidarité spontanée ne peut s’affranchir de la durée. Le temps fait son œuvre et érode les bonnes volontés, estime Evelyne Josse, psychologue, psychothérapeute et psychotraumatologue. Au bout de quelques semaines ou de quelques mois, l’émotion retombe. On ne peut vivre indéfiniment dans un état d’esprit de crise. »

Depuis l’attaque russe de l’Ukraine, des millions d’Ukrainiens ont quitté leur domicile. Quelques dizaines de milliers d’entre eux ont franchi la frontière française, le plus souvent pour gagner une autre destination. Certains, tout de même, ont posé leurs menus paquetages dans l’Hexagone et trouvé refuge chez des particuliers ou dans des logements d’urgence mis à disposition par des collectivités, des associations ou l’Église. Le récit de leur accueil, par des bénévoles, des élus, des individus ou des organisations, met en lumière certaines bonnes pratiques. À commencer par la nécessité qu’un acteur s’élève, coordonne les actions et s’entoure d’un maillage constitué de tous ceux qui, sur son territoire, peuvent aider. Parfois, l’initiative provient de collectivités locales comme dans la commune de Saint-Mihiel (55), parfois d’une association telle qu’Amnesty international comme à Wissembourg (67), parfois des services de l’État comme ça a été le cas à Besançon (25). Une bénévole de la SSVP de Vaucresson (92) note ainsi : « L’importance d’un travail concerté où chacun apporte ce qu’il peut. [Notre conférence] prend sa part, le faire avec d’autres est une source de joie. » Compte-tenu de ce que nécessite d’efforts un accueil réussi (voir p. 18), personne ne serait capable, de toute façon, de s’en sortir seul. Aussi est-il nécessaire, également, de faire en sorte que le nombre de personnes accueillies soit raisonnable au regard de la dimension de la collectivité d’accueil.

« On ne pose pas de questions »

Les traumatismes vécus par les arrivants nécessitent une posture adaptée, respectueuse. « On ne pose pas de questions sur ce qui a été vécu là-bas », énonce par exemple une membre de la communauté religieuse La Roche d’or (25), qui a offert le gîte à des dizaines de familles pour une durée limitée : « C’est un lieu de passage pour se refaire une santé intérieure et extérieure. On met tout en œuvre pour que les enfants retrouvent une vie la plus insouciante possible. » Le nécessaire est mis à disposition, et même un peu plus : « On essaie de proposer du maquillage, des eaux de toilette… tout ce qui touche à la dignité des gens. Ils sont évidemment très connectés alors on a collé des stickers ukrainiens sur les claviers des ordinateurs. Et on leur a fait une salle de télévision avec la télévision en ukrainien. » En découlent des moments de grâce où bénévoles et réfugiés s’adonnent à une partie de cartes improvisée, retroussent leurs manches pour laver la vaisselle entre rire et babils semi-compréhensibles, ou lancent une opération d’entretien du parc attenant. « C’est beau de voir ces gens se reconstruire en recevant, mais aussi en continuant à donner », estime-t-on dans la communauté, témoin de grands moments d’émotion : « Un mélange de larmes coule sur ce sol. En 24h, vous n’imaginez pas les ascenseurs émotionnels, entre les larmes de joie que peuvent provoquer, par exemple, des retrouvailles, et celles de tristesse, bouleversantes. »

Une fragilité psychique

Des émotions dont l’impact psychique peut se révéler lourd. « Les premiers qu’on a vus arriver étaient un peu prostrés. Les enfants ne jouaient pas. », témoigne Marie-Jo Jeanneret, bénévole de la SSVP de Besançon (25). Même discours à Niort (79) de la présidente de conférence Geneviève Vilain-Lepage : « On voit, en fonction de l’actualité, les chutes de moral des personnes accueillies chez nous. » Dans certains cas, une aide qualifiée peut se révéler nécessaire.
La communauté participe également à la réussite de l’accueil des nouveaux arrivants, comme le décrit Charles de Marolles, de la SSVP de Wissembourg (67) : « Nous organisons un café solidaire trois après-midis par semaine. C’est l’occasion d’offrir un moment ludique aux enfants et aux familles, un forum pour les Ukrainiens, qu’ils se rencontrent entre eux et se partagent des informations concernant l’installation ou les démarches. »
De leur côté, ceux qui ouvrent les portes de leur foyer doivent aussi faire l’objet de toutes les attentions. « Certaines familles ont été surprises de tout ce que l’accueil engendre au quotidien, très brutalement. Certains tiennent, mais d’autres sont en grande difficulté », nous confie-t-on. « Comme toute activité humaine, la solidarité spontanée ne peut s’affranchir de la durée. Le temps fait son œuvre et érode les bonnes volontés, estime Evelyne Josse, psychologue, psychothérapeute et psychotraumatologue. Au bout de quelques semaines ou de quelques mois, l’émotion retombe. On ne peut vivre indéfiniment dans un état d’esprit de crise. »

Chiffres clés

45 000

C’est le nombre approximatif d’Ukrainiens qui ont traversé la frontière française début juin. ou de compétences.

Source : L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés

C’est un accueil gratuit financièrement, mais en réalité, c’est aussi un accueil gratuit affectivement.

Un risque de surinvestissement

L’ampleur de la tâche est en effet considérable et nécessite, pour les accueillants, un cercle de relations qui permette des moments de répit afin d’éviter le découragement ou le surinvestissement. C’est là que certaines conférences, comme celle de Meximieux (01), se positionnent dans l’écoute, l’accompagnement, l’aide et la mise en réseau de ceux qui font preuve d’hospitalité. Dans certaines régions, des dispositifs ont également été pensés pour offrir des lieux de villégiature aux familles ukrainiennes… et une respiration pour leurs hébergeurs, le temps de l’été. Passé l’accueil d’urgence doit se poser la question, dès à présent, de proposer des solutions plus pérennes, notamment en matière de logement et d’emploi, à ceux qui souhaiteront s’établir plus durablement.

Il faut aussi se préparer à de nombreux retours au pays. « La plupart des Ukrainiens autour de nous, qui sont là depuis quelques semaines, sont en train d’y réfléchir, indique ainsi Laurent Lascols, un coutumier de l’accueil chez lui dans les Hauts-de-Seine (92). Il y a une famille qui veut repartir fin juin et une autre qui envisage le retour alors qu’elle provient des environs de Kherson, occupé par les Russes. Elle a tout perdu. Cette famille se met dans une situation extrêmement compliquée alors que les enfants sont en paix en France, vont à l’école, que la famille est logée et reçoit une indemnité du gouvernement… » Le nécessaire respect du libre choix de chacun peut se révéler particulièrement douloureux du fait de l’attachement éprouvé pour ceux dont on a partagé le quotidien. Il faut d’ailleurs être capable, selon ce Francilien, de s’attendre à l’éventualité d’une rupture totale des liens : « C’est un accueil gratuit financièrement, mais en réalité, c’est aussi un accueil gratuit affectivement. Les choses font que les gens s’en vont et la période qu’ils ont passée dans leur famille d’accueil n’est pas forcément un souvenir plaisant de leur histoire. »

ALLER PLUS LOIN

N’hésitez pas à feuilleter le « Guide pratique de l’accueil des migrants au sein de la SSVP », qui recèle d’informations très pratiques pour accompagner, notamment administrativement, les déplacés de toutes provenances.

Un risque de surinvestissement

L’ampleur de la tâche est en effet considérable et nécessite, pour les accueillants, un cercle de relations qui permette des moments de répit afin d’éviter le découragement ou le surinvestissement. C’est là que certaines conférences, comme celle de Meximieux (01), se positionnent dans l’écoute, l’accompagnement, l’aide et la mise en réseau de ceux qui font preuve d’hospitalité. Dans certaines régions, des dispositifs ont également été pensés pour offrir des lieux de villégiature aux familles ukrainiennes… et une respiration pour leurs hébergeurs, le temps de l’été. Passé l’accueil d’urgence doit se poser la question, dès à présent, de proposer des solutions plus pérennes, notamment en matière de logement et d’emploi, à ceux qui souhaiteront s’établir plus durablement. Il faut aussi se préparer à de nombreux retours au pays. « La plupart des Ukrainiens autour de nous, qui sont là depuis quelques semaines, sont en train d’y réfléchir, indique ainsi Laurent Lascols, un coutumier de l’accueil chez lui dans les Hauts-de-Seine (92). Il y a une famille qui veut repartir fin juin et une autre qui envisage le retour alors qu’elle provient des environs de Kherson, occupé par les Russes. Elle a tout perdu. Cette famille se met dans une situation extrêmement compliquée alors que les enfants sont en paix en France, vont à l’école, que la famille est logée et reçoit une indemnité du gouvernement… » Le nécessaire respect du libre choix de chacun peut se révéler particulièrement douloureux du fait de l’attachement éprouvé pour ceux dont on a partagé le quotidien. Il faut d’ailleurs être capable, selon ce Francilien, de s’attendre à l’éventualité d’une rupture totale des liens : « C’est un accueil gratuit financièrement, mais en réalité, c’est aussi un accueil gratuit affectivement. Les choses font que les gens s’en vont et la période qu’ils ont passée dans leur famille d’accueil n’est pas forcément un souvenir plaisant de leur histoire. »

ALLER PLUS LOIN

•  N’hésitez pas à feuilleter le « Guide pratique de l’accueil des migrants au sein de la SSVP », qui recèle d’informations très pratiques pour accompagner, notamment administrativement, les déplacés de toutes provenances.

L’ENTRETIEN 

Une protection immédiate et collective

Sans examen individuel

Sarah Durelle-Marc, Docteur en Droit public et Droit de l’UE, maître de conférence à la Faculté de droit de l’Institut catholique de Lille, clarifie la situation juridique des Ukrainiens.

Quel est le statut des Ukrainiens qui ont fui leur pays et en quoi diffère-t-il du statut de réfugié ?

Les Ukrainiens ayant fui l’Ukraine en raison du conflit avec la Russie, bénéficient d’une protection temporaire dans l’Union européenne. Cette protection à caractère exceptionnel (mécanisme d’urgence) a été déclenchée le 4 mars 2022, et permet de fournir aux Ukrainiens une protection immédiate et collective, sans qu’il soit besoin d’examiner chaque demande individuellement.
Cette protection demeure cependant temporaire et s’applique pendant un an minimum. Elle peut être prorogée par période de 6 mois pour une durée maximale de deux ans. Le dispositif prendra fin soit au bout des 3 ans, soit à tout moment, sur décision du Conseil de l’UE si la situation peut permettre un retour sûr et durable en Ukraine. Les Ukrainiens n’obtiennent pas le statut de réfugié tel que défini par la convention de Genève du 28 juillet 1951. Ils retourneront en Ukraine lorsque la situation sera stabilisée.

Les Ukrainiens qui voudraient rester durablement en France devront-ils remplir une demande pour obtenir le statut de réfugié ? Peuvent-ils déjà l’émettre ?

Outre le bénéfice de la protection temporaire, les Ukrainiens peuvent, au titre de la convention de Genève, déposer une demande d’asile afin d’obtenir le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Cependant, les différents statuts ne peuvent se cumuler, aussi, pendant toute l’instruction de la demande, ainsi qu’au cas où le demandeur n’obtiendrait pas la protection visée, le bénéfice de la protection temporaire est maintenu aussi longtemps qu’elle demeure en vigueur (maximum 3 ans). La demande d’asile en France peut donc être faite avant même la fin de la protection temporaire, sans risque pour le demandeur qui ne perdra pas le bénéfice de cette dernière en cas de refus de la protection par l’OFPRA. Pour pouvoir rester en France au-delà des 3 ans, une demande classique devra alors être formulée auprès de l’OFPRA.

Une fois le statut de réfugié accordé par l’OFPRA, celui-ci est-il définitif ?

Le statut de réfugié est le plus protecteur : il place le réfugié sous la protection juridique et administrative de l’OFPRA, et lui permet de bénéficier d’une carte de résident valable 10 ans, renouvelable, ainsi que d’un titre de voyage. Il peut toutefois être mis fin à la protection en application de la convention de Genève qui prévoit des clauses de cessation ou au regard des dispositions du CESEDA (pour fraude, menace grave pour la sûreté de l’État, condamnation pour terrorisme, etc.). Le statut de réfugié cessera à la demande de l’OFPRA ou de l’autorité administrative.

SUITE DU DOSSIER "Guerre en Ukraine : 
le défi de l’accueil"

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