Tous acteurs d’une même chaîne de solidarité

Ils sont bénévoles, volontaires, salariés, donateurs, ou travailleurs sociaux… Ces différents acteurs forment une même chaîne de solidarité au service du bien commun. Quels sont leurs motivations et les défis à relever pour optimiser ensemble, l’efficacité de leurs actions ?

Dossier par Iris Bridier, journaliste

Pourquoi aident-ils les autres ? Geoffroy Dabas est étudiant. Il donne bénévolement des cours d’informatique à une religieuse âgée de 93 ans : « Je voulais simplement découvrir la joie du don gratuit en proposant mes services, mais finalement j’ai bien davantage reçu que je n’ai donné. Les liens humains, spirituels et intellectuels que nous avons continué à développer malgré la distance n’ont pas de prix. »Pour Agathe, volontaire pour une mission de solidarité internationale avec Fidesco : « Ce projet d’engagement était comme une évidence, je me sentais appelée à ça. J’avais besoin de me donner gratuitement et d’aller à la rencontre des autres. Et enfin besoin de me dépouiller du superflu. »

Mangue est salariée d’une ONG : « On a la chance de travailler dans un environnement de travail un peu privilégié et protégé, où nos convictions sont non seulement respectées, mais aussi souvent partagées par les personnes avec lesquelles on travaille. » Pour François Pelan, aider son prochain passe par le don : « Je crois profondément que tout ce qui n’est pas donné est perdu. Chaque fois que je donne mon temps, je suis heureux et grandi, alors j’essaie aussi de donner de mon argent. »Enfin, Julien Maudoux, assistant de service social, décrit sa motivation : « Nous n’assistons pas, nous accompagnons, et valorisons les capacités et l’autonomie des personnes qui nous sollicitent. » Que l’on soit bénévole, volontaire, salarié, donateur ou travailleur social, chacun à son niveau, participe à cette chaîne de charité.

Des défis à relever

Si tous portent en eux le désir sincère de se mettre généreusement au service du prochain, il convient d’en mesurer les défis au regard de l’évolution profonde du secteur : exigences de la société, recherche de sens, désir de voir l’utilité concrète de son action, peur de s’engager régulièrement et dans la durée, recherche d’épanouissement personnel par du temps en famille ou en loisirs… De plus, « la relation humaine n’est jamais gratuite. Il n’y a pas de héros sauveur, juste deux pauvres dans leurs fragilités réciproques. » prévient Laurent de Cherisey, fondateur de Simon de Cyrène. « Aucun de nous n’y échappe. Nous avons tous ce besoin profond d’être reconnus par l’autre » ajoute le père Pascal Ide, médecin et docteur en philosophie.

La Fondation Jérôme-Lejeune invite à la soutenir en courant un semi-marathon.

« Parfois nos Vincentiens s’épuisent et craignent que la relève ne soit pas assurée. Pour éviter ce risque de découragement, une relecture est nécessaire pour revenir à la source de son engagement. » constate Philippe Wasser, conseillerspirituel à la SSVP. Les difficultés que rencontre le monde associatif sont propres à toute société humaine : ressentiments, manque d’entrain, refus d’admettre le besoin d’aide ou de reconnaissance, démarche narcissique. « Comme en entreprise, on peut avoir des collègues pénibles, des chefs encore plus pénibles, auxquels s’ajoutent encore des bénévoles pleins de bonne volonté mais… pénibles. » ajoute Mangue. « Au Secours Catholique, nous sommes une association d’abord et avant tout de bénévoles, dont l’action est accompagnée par les salariés », explique Marie Carmen Carles, directrice adjointe de la communication générosité du Secours Catholique. « La mission est ce qui nous unit, d’où que l’on vienne, ces valeurs et cette volonté de participer à ce que l’on a en commun nous permettent de faire corps. » ajoute-t-elle. Si « les bénévoles arrivent avec leur immense générosité mais aussi leurs contraintes en termes de disponibilité », comment assurer des activités pérennes d’accompagnement avec des formes d’engagements plus ponctuels ?

Des initiatives innovantes

Plus de 2 000 associations se sont ainsi exprimées sur leurs difficultés et leurs attentes dans une étude (cf. Plus d’infos). En parallèle, de nouvelles pistes sont explorées : missions plus ciblées, adaptation aux exigences nouvelles en termes de gestion, de transparence et d’efficacité, et à des contextes d’interventions plus complexes.

La mission est ce qui nous unit, d’où que l’on vienne

Des animateurs de réseaux de bénévoles aux techniques de management appliquées aux donateurs, l’accompagnement personnel prime pour « donner du sens, voir les résultats, travailler sur la question relationnelle et l’empathie. Ils sont généreux, ils ont envie de donner, comment les accompagne-t-on ? » précise Johan Glaisner (cf. L’Entretien p. 15). Ce conseil appliqué ici aux donateurs, s’adresse aussi bien à chaque maillon de la chaîne. Parmi ses différentes missions, la Fédération des Acteurs de la Solidarité organise des journées d’étude thématique pour favoriser la connaissance réciproque des adhérents, la rencontre d’experts et de partenaires, produire une culture de coopération inter-associative, partager les savoirs et les pratiques. Elle propose des outils tel le Référentiel de missions et d’évaluations. Destiné à accompagner les professionnels et bénévoles dans les interventions de rue, il fait également connaître l’activité des maraudes et Samu sociaux. Enfin, la Fédération lance des programmes nationaux impliquant la coparticipation de plusieurs acteurs, tel SEVE Emploi mettant en relation « le monde de l’entreprise qui cherche à recruter et des personnes talentueuses en recherche d’emploi qui sont dans des structures d’Insertion par l’Activité Économique. » résume Sophia d’Oliveira Rouxel, responsable du service vie fédérale.

La Nuit du Bien Commun est une autre initiative innovante mêlant différents acteurs. Au cours de cette soirée caritative annuelle se rencontrent ceux qui développent des projets, et ceux qui peuvent aider à leur financement. « La dernière édition a permis de lever 1 100 000 euros. Cet événement a créé une communauté de philanthropes. » se réjouit Thibault Farrenq, l’un des cofondateurs de l’événement. « À la Fondation Lejeune, pour donner une vie au réseau, nous organisons des événements et demandons à nos donateurs d’en être les acteurs. Pour le marathon par exemple, chaque coureur monte son opération de crowdfunding et implique d’autres personnes dans le projet » témoigne Olivier Rochette, responsable du réseau de la Fondation Jérôme-Lejeune. Chez Enfants du Mékong également : en plus de leur soutien financier, les parrains sont invités à entretenir une relation épistolaire avec leur filleul pour créer un lien. Démarche comparable à la SSVP où des bénévoles entretiennent un lien direct personnalisé avec les donateurs (cf. encadré p. 17), par une jolie initiative aussi simple qu’exemplaire. Les courriers manuscrits sont suffisamment rares qu’ils ne peuvent que toucher le cœur de celui qui les reçoit et entretenir une relation d’amitié. N’est-ce pas ainsi que se tisse le grand réseau de charité ?

ALLER PLUS LOIN

Accompagnement des associations : état des lieux et attentes (étude de janvier 2019 par Recherches & Solidarités)
https ://recherches-solidarites.org/wp-content/uploads/2018/06/ORA-Accompagnement-24-01-2019.pdf

Chiffres clés

Près de 90% des associations ne fonctionnent qu’avec des bénévoles

(Source : Recherches et solidarités – La France associative en mouvement. Octobre 2019)

L’ENTRETIEN 

Former des acteurs solidaires polyvalents

À l’Ircom*, l’Institut Pedro de Béthencourt forme des cadres dans les domaines de l’humanitaire, la coopération internationale, et l’action sociale. Johan Glaisner, le directeur, présente cette formation essentielle et bien enracinée, tant pour les compétences professionnelles que pour la connaissance de la personne humaine…

« Le secteur d’activité de l’économie solidaire s’est très fortement professionnalisé ces dix dernières années. Les injonctions venant des pouvoirs publics, des financeurs, et même de la société civile sont de plus en plus exigeantes vis-à-vis des associations : souci de transparence, d’efficacité dans les accompagnements… Les milieux se sont complexifiés, ce n’est plus une association qui travaille seule dans son coin, mais ce sont des réseaux d’acteurs à connaître. La générosité naturelle ne suffit plus. Il faut des capacités managériales, pour encadrer et accompagner salariés, bénévoles, et volontaires ; et des capacités de gestion de projet : savoir identifier les financeurs potentiels des actions à mener, savoir répondre à leurs exigences.

S’adapter aux défis
de demain

La nature du bénévolat a également changé. Le type d’engagement est beaucoup plus ponctuel. Les associations doivent trouver de nouveaux modes de mobilisation des bénévoles, et les salariés avoir ce souci de comprendre ces motivations et enjeux sociologiques nouveaux. Telle est la vocation de notre formation : permettre aux étudiants d’acquérir des compétences professionnelles adaptées aux évolutions des structures. De plus, la question de l’anthropologie est centrale : nous aidons les étudiants à réfléchir à ce qu’est une personne humaine et aux questions d’éthique professionnelle inhérentes. 

 

Enfin, ces métiers demandent de nourrir des expériences en parallèle. On ne peut se contenter de cours sur les personnes vulnérables pour savoir s’en occuper. Sur deux ans de formation, nos étudiants sont dix mois en stages, parce qu’il est indispensable de s’ancrer dans la réalité du monde associatif. »

*Établissement d’enseignement supérieur

PLUS D’INFOS

Plus d’infos sur  ircom.fr

SUITE DU DOSSIER "TOUS ACTEURS D'UNE MÊME CHAÎNE DE SOLIDARITÉ"

Le cercle vertueux du don

Le cercle vertueux du don

Comment aider son prochain de manière durable, efficace et désintéressée ? Si la volonté de bien faire nous guide, il arrive parfois que nous nous heurtions à nos propres limites (fatigue, découragement, démarche narcissique…). Une relecture de son action peut être nécessaire pour revenir à la source de son engagement et raviver la flamme de notre motivation. Quelques pistes de réflexions pour nous y aider…

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« Le souci de l’autre est inscrit dans le cœur de l’homme »

« Le souci de l’autre est inscrit dans le cœur de l’homme »

Thérapeute et psychanalyste, Jean-Guilhem Xerri s’est longtemps engagé auprès des personnes de la rue. Auteur de nombreux ouvrages, il a reçu le prix Humanisme chrétien. Pour Ozanam magazine, il explique les raisons qui nous poussent à nous engager, des déterminismes culturels à l’anthropologie chrétienne…

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